La Cuve d'Or à Douai



L'immeuble situé rue de la Cuve d'Or à Douai, dans le Nord, entre les numéros 20 à 96 a été réalisé en 1957. Il comporte des logements et des commerces sous des arcades.

L'activité africaine


L'activité des bureaux d'études Henri Chomette (BEHC) en Afrique de l'ouest débute avant les indépendances à un moment crucial ou sont timidement mises en place des mesures économiques, politiques et sociales en faveur des populations africaines. La période coloniale a engendré un éclectisme au niveau de la typologie des édifices publics et des édifices d'habitation tournés vers des styles néo-classiques ou régionalistes français en décalage avec l'environnement et le climat africains. Dans les années 1950, l'action des architectes et urbanistes est déterminante pour l'avenir de villes comme Dakar et Abidjan dont le taux d'urbanisation croit démesurement. La plupart de ces aménageurs urbains venus de métropole, se réfèrent à des courants et à des doctrines directement issus du mouvement moderne : les villes deviennent de véritables laboratoires d'expérimentations urbanistiques et architecturales. 

Henri Chomette se démarque de cette mouvance en proposant une architecture empreinte de valeurs culturelles africaines et répondant aux besoins des sociétès africaines nouvellement urbanisées. Les bureaux d'études Henri Chomette réhabilitent l'emploi des matériaux locaux ; dans les constructions modernes et participent activement à la relance du secteur industriel a travers une modernité des techniques, la mise en place de briqueteries et de cimenteries et la formation d'ouvriers du bâtiment. Le parcours de l'architecte est exemplaire : sa formation auprès de Tony Garnier et d'Auguste Perret (*) en France, les premières années d'exercice en France en qualité d'architecte en chef de la reconstruction et sa longue pratique en architecte libéral sur l'ensemble de l'Afrique. La contribution d'Henri Chomette est capitale et incontournable dans le domaine de l'architecture moderne en Afrique. Son expérience, acquise au terme de près d'un demi-siècle de d'urbanisme et d'architecture, en fait un traducteur de la tradition architecturale africaine dans un répertoire de formes et de concepts modernes au service des sociétès africaines.

L'activité des bureaux d'études Henri Chomette en Afrique de l'ouest depuis 1948 par Diala Touré. Thèse de doctorat en Art et archéologie, soutenue à Paris 1, en 1998, sous la direction de Gérard Monnier.

(*) Auguste et Gustave Perret, tous les deux architectes, étaient frères

Henri Chomette à Mons-en-Barœul



L'architecte Henri Chomette a profondément modifié les 277 hectares du territoire de Mons-en-Barœul. Un première fois dans les années 60 avec la construction du lotissement des Sarts, puis par la réalisation de la Zone à Urbaniser en Priorité (ZUP). 

L'aspect final n'a guère respecté les projets initiaux d'une cité faite pour ses habitants avec une véritable réflexion sur l'art de vivre dans une grande nouvelle cité. 

Les jets d'eau et les fontaines ont été sacrifiés, les immeubles, comme les résidences América, complètement remaniés, au prix d'une sur-densification imposée par les financeurs.

Les pyramides de Mons-en-Barœul


A proximité du Fort de Mons-en-Barœul on pourrait se demander si on est à proximité du Caire, car se sont 3 pyramides qui ont surgi ! Non, bien entendu, il ne s'agit pas de Khéops, Khépren et Mykérinos. Mais avouez que le rapprochement est séduisant.

La plus ancienne pyramide est celle construite par Henri Chomette lors de la création de la Zup de Mons, elle abrite la chaufferie. C'est le seul bâtiment de Mons-en-Barœul qui soit classé. Sa petite sœur l'a rejoint à proximité, en 2014, il s'agit d'une extension de cette chaufferie. Mais il y a aussi, dans le même périmètre, la pyramide de la station de métro Fort de Mons.



Les étonnantes pyramides de Mons-en-Barœul

La chaufferie-pyramide est une « soixante-huitarde ». Œuvre de l’architecte Henri Chomette, elle alimente depuis en eau chaude et chauffage, équipements collectifs et plus de 5 000 logements. Avec ses douze piles de briques en soutien, ses canalisations rayonnant dans tout le quartier du Nouveau Mons, elle est alors le summum de la modernité et de l’architecture industrielle de cette fin des années 1960.
Mais voici que de nouveaux équipements publics (piscine, école, salle des sports, mairie) et 6 500 logements définissent des besoins nouveaux tandis que l’on recherche l’utilisation d’énergies renouvelables.

La nouvelle pyramide alimentera et produira de la chaleur à partir de biomasse, et non plus à partir des énergies fossiles. Qu’on se rassure. Cette construction n’induit pas la démolition du bâtiment pensé par Henri Chomette. C’est le seul de la commune à être classé à l’inventaire des monuments historiques. (Alain Cadet - La Voix du Nord)

La chaufferie-pyramide est un bâtiment emblématique de Mons-en-Barœul. Cette forme avait été choisie par Henri Chomette car économe en volume (photo ci-dessus) Le nouvel équipement, fonctionnant à partir de la biomasse, reprend la même forme pyramidale (photo ci-dessous).


De spectaculaires travaux sont en cours à l’arrière de l’actuelle chaufferie, la pyramide qui voisine le Fort de Mons. Les techniciens de la société auvergnate Compte.R. installent deux énormes chaudières à bois (biomasse) pour alimenter le réseau de chaleur. Mise en service annoncée pour le 1er janvier 2015.


L'ossature de la nouvelle pyramide chaufferie de Mons-en-Barœul

Le réseau de chaleur monsois, interconnecté avec ceux de Villeneuve-d’Ascq et de Lille depuis les années 1990, a été mis en service en 1963. En 2001 et 2002, il a bénéficié de quelque 12 millions d’euros d’investissement. Cette fois, ce sont 5,2 millions d’euros qui sont injectés, dont 2,4 pour le renouvellement de la cogénération (production de chaleur et d’électricité). Avec au moins trois bonnes raisons à cela.

1. Le contrat. 
« Lille a touché à son contrat pour bénéficier de la baisse de la TVA liée à l’utilisation des énergies renouvelables, explique Rudy Elegeest, maire de Mons-en-Barœul. Cette décision avait des conséquences sur notre propre contrat. Cela pouvait créer un saut tarifaire. Il nous fallait prendre une décision. » Et éviter une brusque hausse de la facture pour les Monsois.

2. La cogénération. 
La décision a été d’autant plus facile à prendre que le contrat de rachat par EDF de l’électricité issue de la cogénération arrivait à échéance en 2017. La signature d’un nouveau contrat dans de bonnes conditions passait par un renouvellement de cette « cogéné ».

3. Le coût de l’énergie. 
« Le paysage a fortement changé en douze ans », explique le maire, évoquant l’évolution du coût de l’énergie. Au début des années 2000, le gaz était une énergie très compétitive et moins polluante que le fuel lourd utilisé pendant une quarantaine d’années. Question tarif, ce n’est plus vrai aujourd’hui. En revanche, les réseaux de chaleur sont de plus en plus pertinents : « Aujourd’hui, les réseaux sont plus compétitifs par rapport au chauffage individuel qu’en 2002. » D’ailleurs, « ces trois dernières années, les tarifs des réseaux sont demeurés stables en France alors que le prix du gaz a augmenté de 25 %. »

La moitié de la ville, soit 6 500 logements, est reliée au réseau de chaleur. 
(Franck Bazin et Pierre Le Masson La Voix du Nord 23 août 2014)
 

Ci-dessus et ci-dessous la verrière de la pyramide de la station de métro Fort de Mons-en-Barœul.


Déjà en 1971, à l'occasion de la réfection de la toiture de la chaufferie d'Henri Chomette, cette dépêche de l'Association France Presse faisait allusion à la pyramide égyptienne de Khéops. C'était bien avant la construction, en 1989, de la pyramide de verre du Louvre conçue par l'architecte sino-américain Ieoh Ming Pei ...


La Chaufferie pyramide


" La chaufferie centrale est l'un des rescapés des signaux urbains du projet " Henri Chomette



Ci-dessus Henri Chomette devant la chaufferie pyramide de Mons-en-Barœul en cours de construction

En 1959, le conseil municipal décide la création d'une « Zone à Urbaniser en Priorité » (ZUP) et en confie la conception à l’architecte Henri Chomette. La chaufferie centrale doit alimenter en eau chaude et chauffage plus de cinq mille logements ainsi que des équipements collectifs.

Construite simultanément à la première tranche de travaux de la ZUP (1968), elle fait partie intégrante de cette période de l'histoire de l'architecture qualifiée par les caractéristiques d'une conjoncture économique, la période dite des architectures de la croissance. Tout comme le programme de logements dans lequel elle s'implante, elle présente un travail très soigné de son vocabulaire bâti, qui allie matériaux standardisés et références constructives traditionnelles. Mais cette chaufferie collective est également un témoignage important de la réflexion sur l'esthétique industrielle de ces bâtiments liés à la mise en place de la politique des villes nouvelles et la création ex-nihilo de quartiers entiers. Adaptant le contenant à son contenu, elle est aussi un très bel exemple architectural illustrant la technique du chauffage urbain, conçu par un architecte dont la production fut limitée sur la région du Nord Pas-de- Calais. L'eau est transportée par des canalisations souterraines puis distribuée dans les immeubles grâce à l'installation de sous-stations. La forme pyramidale est adoptée pour éviter le gaspillage du volume construit. Les douze piles en brique soutenant la pyramide prennent la forme de lions dénommés les gardiens du feu. Ils doivent reporter la charge de la charpente métallique sur les fondations en laissant un vide qui permet l'accès à l'intérieur et l'éclairage de la partie basse. Les façades et toitures, ainsi que les éléments décoratifs extérieurs sont inscrits, par arrêté du 17 mai 2001, aux monuments historiques.


Ci-dessous : Photo de gauche, lors de la construction de la ZUP, les Résidences América et la chaufferie avec la cheminée d’origine. Cette dernière sera démontée en mai 2005. Photo de droite, le 10 mai 1971, la réfection de la toiture. 



Ci-dessous : A gauche la chaufferie vue de la cour sud du Fort de Mons-en-Baroeul en 1973. Photo de droite, en bas, le 22 mars 1991, avant la construction du métro, une vue plongeante sur la future station « Fort de Mons ».


Article et photomontages © Jacques Desbarbieux
parus dans la rubrique Mons Avant Mons Après

Inventaire des œuvres

Banque nationale / commerciale d'Éthiopie, Addis-Abeba, Éthiopie, 1953.
Hôtel de ville d'Abidjan, Côte d'Ivoire 1956.
Palais National du Bénin, Cotonou, 1963.
Résidence de l'Europe, ZUP de Mons-en-Barœul, France, 1962.
Pont Général-de-Gaulle à Abidjan, Côte d'Ivoire, 1964.
Ambassade de France de Ouagadougou, Burkina Faso, 1966.
Auditorium de Dakar, Sénégal.
Centre de conférences de Dakar, Sénégal, 1979.
École Luthérienne, Dakar, Sénégal, 1979.
SOS Children's Village, Dakar, Sénégal, 1979.
Immeuble Société Générale, Brazzaville, Congo, 1949.

Sources et remerciements



Il faut citer en priorité Didier Bataille qui a été à l'origine de nos recherches. 

Nous avons pu avoir des contacts avec Henri Chomette lui-même, et son neveu Pierre Chomette qui nous ont apporté un éclairage précieux et de nombreux documents issus de leurs archives privées.

Nous avons publié plusieurs ouvrages qui traitent en partie de ce sujet.
- Mons du village à la ville (épuisé)
- Mons-en-Barœul, Regards Croisés
- Mons-en-Barœul, Mémoire en images Tome 1
- Mons-en-Barœul, Mémoire en images Tome 2

Nous citons quelques articles écrit par Alain Cadet, publiés dans la Voix du Nord.

Nous avons évoqué la thèse de Diala Touré, Créations architecturales et artistiques en Afrique sub-saharienne (1948-1995) : Bureaux d'Études Henri Chomette, Paris, France, Harmattan, coll. « Arts d'ailleurs »,‎ 2002, 290 pages. (ISBN 2-747-53156-2 et 978-2-747-53156-6)

Un autre ouvrage de Diala Touré est paru en 1998 : L'activité des bureaux d'études Henri Chomette en Afrique de l'ouest depuis 1948 - 591 pages



CRÉATIONS ARCHITECTURALES ET ARTISTIQUES EN AFRIQUE SUB-SAHARIENNE (1948-1995)
Bureaux d’études Henri Chomette
Diala Toure
Les Arts d'ailleurs 
ARTS, ESTHÉTIQUE, VIE CULTURELLE URBANISME, AMÉNAGEMENT, SOCIOLOGIE URBAINE AFRIQUE SUBSAHARIENNE 

L’activité des Bureaux d’Etudes Henri Chomette en Afrique de l’Ouest débute avant les indépendances et s’achève au milieu des années 1990, et compte un corpus d’œuvres très variées qui couvrent tous les champs de l’architecture et de l’urbanisme en Afrique. L’impact des traditions artistiques et artisanales africaines dans l’œuvre des BEHC est indéniable. A travers elle, l’histoire, la symbolique, la mythologie, le rituel et le sacré occupent une place capitale dans une architecture urbaine conçue par des architectes et artisans chevronnés.

ISBN : 2-7475-3156-2 • décembre 2002 • 290 pages 
EAN13 : 9782747531566
EAN PDF : 978229630112




Il faut mentionner l'ouvrage de Léo Noyer-Duplaix « Henri Chomette : Africa as a terrain of architectural freedom » dans African Modernism : Architecture of Independence (sous la direction de Manuel Herz, d'Ingrid Schröder et de Hans Focketynz), Zurich, Park Books, 2015, p. 271-281.
Le texte « Henri Chomette et l’architecture des lieux de pouvoir en Afrique subsaharienne » par Léo Noyer-Duplaix est accessible sur internet.




Parmi les autres sources :

Le dossier du Bureau d'Etudes d'Henri Chomette. © Association Eugénies


A Critical History of Contemporary Architecture : 1960-2010 publié par Dr Elie G Haddad, Asst Prof David

Architecture et modernité de Farid Ameur. Société Générale de 1864 à nos jours. Coffret luxe pour les 150 ans de la Société Générale. Imprimé en Espagne en mai 2014. ISBN 978-2-36942-014-9 



Modernità ibride, Esperienze d'architettura in Senegal. Roberto Filippetti. Nuova Serie di architettura Franco Angeli

Roland Depret. Les Bureaux d'Etudes Henri Chomette. L'assimilation des pratiques traditionnelles dans l'architecture contemporaine. Dakar. Aga Khan Program for Islamic Architecture. 1983

Charles Rambert. Tourisme et loisirs. Réalisations du Bureu d'Etudes Henri Chomette. L'architecture d'aujourd'hui 70. 1957

Nous avons apprécié les apports de Bernard Jumelle et Jean Boyer, deux architectes qui ont œuvré avec Henri Chomette.


Merci à Jeanne Decovemacker, qui a consacré un  mémoire (ci-dessous) passionnée et passionnante et à Guy Selosse pour leurs concours plus que précieux.

Henri Chomette : La résidence de l’Europe, un prototype pour l’Afrique par Jeanne Decovemacker sous l’autorité de Richard Klein, directeur de la recherche Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille – Villeneuve d’Ascq

2 volumes 233 pages Travaux d’étudiants ENSAP 2016

Henri Chomette a publié plusieurs ouvrages :

- Novembre 1964 : Africa, numéro spécial sur l'architecture moderne
- 1992 : Architectures d'Outremer, édité par l'Institut Français d'Architecture
- 1995 : Les 460 000 heures

Liens internet

Un super site bien documenté sur le Palais Impérial d'Ethiopie

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Le Mur vivant N° 52 - 2e trimestre 1979. Nombreux chantiers en Afrique